Qu’est-ce qu’une sorcière ?

Étudions tout d’abord l’étymologie du mot. Sorcière dérive du latin sortiarius, qui signifie « lanceur de sorts », lui-même dérivé de sors désignant le destin, le sort. Par définition, la sorcière est donc celle qui lance des sorts, qui manipule les forces occultes pour influer sur la destinée — la sienne ou celle des autres. Magicienne et enchanteresse ont des définitions assez similaires, mais avec connotation généralement bien plus positive dans la culture populaire.

Cette idée de soumettre les énergies de la nature à sa volonté rentre en contradiction avec mon cheminement spirituel. Je ne cherche pas à dominer la nature… l’humanité s’en charge déjà très bien. Je recherche une connexion respectueuse avec le monde, une paix intérieure. Je ne cherche donc pas à modifier ce qui m’entoure, mais à m’adapter et à apprendre à vivre en harmonie avec ses différentes énergies.

Suis-je une sorcière ?

Dans sa définition strito sensu, la sorcière serait capable d’influer sur le destin par sa propre volonté, à l’aide de manipulations occultes. Si j’aime être maîtresse de ma destinée, je ne pense pas qu’il soit nécessaire de faire appel à des forces occultes qui — si jamais elles existent — pourraient s’avérer néfastes. En physique, il n’y a pas d’action sans réaction, et prendre un raccourci pour obtenir ce que l’on veut par magie sans passer, par l’effort d’une transformation lente et profonde, me semble au mieux impossible, au pire dangereux.

Je vais donc en rester à la sagesse populaire « Aide-toi et le ciel t’aidera. » Mon cheminement passe par la connaissance (de la nature, des plantes), la psychologie (la puissance insoupçonnée de notre propre inconscient) et la spiritualité (par la méditation et la prière — pas forcément lié à une divinité spécifique, mais à un concept plus global englobant la nature elle-même).

Au risque de vous décevoir, je ne serais donc jamais une sorcière dans le sens étymologique du terme. Mais je ne compte pas pour autant abandonner mon pèlerinage mystique…

Quelles alternatives ?

Pour moi, il n’est absolument pas nécessaire de modifier une force ou une énergie pour en modifier les effets sur nous. Intercaler une protection ou utiliser une source opposée accomplit les mêmes objectifs sans avoir à entrer en conflit avec l’énergie initiale.

Si j’ai froid, je ne vais pas tenter de contrer la réalisation de la prédiction météorologique. Je vais simplement utiliser une protection (un pull douillet et des chaussettes épaisses) ou contrer les effets (en allumant le chauffage). Il en va de même avec les énergies moins tangibles. En Feng-Shui, par exemple, l’agencement des meubles suffit à modifier la circulation de l’énergie dans une pièce, sans avoir à agir directement sur l’énergie elle-même. Il suffit de la comprendre et de s’harmoniser avec elle pour qu’au lieu d’entrer en conflit avec nous, elle nous apaise ou nous énergise — en un mot : qu’elle nous fasse du bien.

Rituels, purifications, bénédictions, prières et actes de gratitudes sont dépourvus de cette notion de contrôle qui me dérange dans certaines pratiques ésotériques. Ce sont donc ces termes que j’utiliserai.

Sorcière chrétienne

La foi, quant à elle, est une démarche intimement personnelle.

De la même manière que je ne chercherai jamais à vous convaincre d’adopter mes propres croyances religieuses, je respecte le choix de celles et ceux qui décident de s’engager sur le chemin de la sorcellerie traditionnelle, avec des incantations et des sorts.

Je préfère m’attacher à nos nombreux points communs qu’à nos différences, et je pense que sorciers et sorcières trouveront dans mes réflexions et mes pratiques des idées qui pourront aussi leur plaire — exactement comme je le fais lorsque je me plonge dans les livres du rayon ésotérique.

J’invite également les intégristes des religions abrahamiques qui citent Exode 22:17 et son affreux « Tu ne laisseras pas vivre la sorcière / la magicienne. » à réfléchir à la compatibilité de cette phrase haineuse avec le sixième commandement « Tu ne tueras point. »

Et pour les chrétiens, avec Matthieu 7:1 « Ne portez de jugement contre personne, afin que Dieu ne vous juge pas non plus. Car Dieu vous jugera comme vous jugez les autres; il vous mesurera avec la mesure que vous employez pour eux. »

J’ajouterais aussi que croire sincèrement qu’un simple humain est capable de défier les plans de Dieu juste en allumant une bougie, traçant un cercle au sol et récitant une formule magique, c’est quand même lui accorder bien peu de puissance? Niveau foi, on n’est pas ouf-ouf. À mon avis, il est parfaitement capable de voir dans le cœur des gens pour savoir si les intentions derrière une action sont pures ou non. Et je pense qu’il préfère de loin une sorcière au cœur plein d’amour qu’un fidèle au cœur rempli de haine. Mais ce n’est là que mon interprétation personnelle, bien sûr.


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Bibliographie :

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